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Publié : 2 juin 2011
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La vie de Bernard Palissy

BERNARD PALISSY (1510 env. - 1589 ou 1590)

Céramiste et « philosophe naturel » français. Le caractère romanesque de Bernard Palissy, suscité en partie par sa vie aventureuse et par ses écrits, fut amplifié par le mouvement romantique et laïc du XIXe siècle qui en fit une figure quasi mythique. Textes et documents permettent pourtant de retracer sommairement sa vie et sa carrière dans ses étapes essentielles : Saintes, Paris, Sedan.

Né sans doute à Agen, c’est en effet à Saintes, région de tradition potière depuis le Moyen Âge, qu’il s’initie à l’art de la céramique tout en exerçant une activité de « peinture » et de « vitrerie » en alternance avec son art de « pourtraicture », c’est-à-dire d’arpenteur-géomètre (en particulier relevés des marais salants de Saintonge en 1543).

Sa quête du secret de fabrication de l’émail, consignée dans L’Art de terre , où il ne dévoile en rien sa technique, durera une vingtaine d’années (1536-1556 env.). Au cours de cette période se situe l’épisode bien connu où, sur le point d’aboutir, mais à court de bois, il se voit contraint d’engouffrer « tables et plancher » (planches ou étagères) dans les deux gueules de son four. Vers 1550, il commence à vivre de ses « vaisseaux de divers esmaux entremeslés en manière de jaspe » (vaisselle dont l’émail polychrome imite le jaspe ou le marbre), puis vers 1555 de ses premiers « bassins rustiques » (grands plats au décor animal et végétal en relief, moulé sur nature) qui feront sa renommée et auxquels son nom est associé.

Sa rencontre avec Anne de Montmorency (1548 ?) lui vaudra diverses commandes dont une grotte « de nouvelle invention » (1556) destinée au château d’Écouen (?). Une description très précise en est donnée dans Architecture et ordonnance de la grotte rustique de Mgr le duc de Montmorancy , ouvrage rédigé alors qu’il était incarcéré à la Conciergerie de Bordeaux depuis la fin de 1562, accusé d’avoir participé aux troubles fomentés par les huguenots de Saintes en mai. Inquiété une première fois (1558) par le parlement de Bordeaux pour fait de religion, c’est de prison qu’il écrit au connétable (févr. 1563) afin que soit protégée la grotte qui est en cours de construction dans son atelier de Saintes. Celui-ci fera bien plus, il intercédera en sa faveur auprès de Catherine de Médicis : au sortir de prison (mars 1563), Palissy porte le titre d’« Inventeur des rustiques figulines du Roy et de Mgr le duc de Montmorancy » et fait publier à La Rochelle l’Architecture… , puis en septembre la Recepte véritable par laquelle tous les hommes apprendront à augmenter leurs thrésors… où il mêle considérations religieuses, édilitaires et agricoles. En 1564, il est toujours au service du connétable et le restera probablement jusqu’à la mort de ce dernier (1567).

Mandé par la reine mère pour l’édification d’une grotte rustique dans le jardin des Tuileries, il installe son atelier, entre 1565 et 1567, dans la zone artisanale située à l’est du château alors en construction. Les fouilles archéologiques des jardins du Carrousel (1985-1986) révélèrent plusieurs structures (four à émailler, hangar, dépotoirs, lieux de stockage) appartenant à son atelier dont le fonds, outre un matériel lié à la fabrication de sa production, était constitué en majeure partie de moules - en plâtre et en terre cuite - mais aussi de moulages - émaillés ou non - d’éléments de grotte, de vaisselle et de pièces décoratives diverses. Une grande partie du fonds provient de l’atelier de Saintes ; les pièces retrouvées au Carrousel montrent que Palissy est resté un expérimentateur : nombreux essais d’émaillage de diverses couleurs, moulages originaux (vaisselle, médailles). La grotte, dont l’emplacement exact est incertain, était toujours en construction en 1570 (Compte de dépenses des Tuileries mentionnant trois paiements successifs à « Bernard, Nicolas, Mathurin Pallissis, sculpteurs en terre… »). Mais la grotte fut rapidement délaissée puisqu’au tout début du XVIIe siècle des ambassadeurs suisses en visite aux Tuileries constatent qu’elle est à l’état de ruine.

Après la Saint-Barthélemy (1572), il se réfugie à Sedan où il résidera avec sa famille jusqu’en 1576, continuant son activité de céramiste-décorateur pour une clientèle locale dans son nouvel atelier avec son fils Mathurin et ses gendres. Parallèlement, il se consacre à la rédaction des Discours admirables des eaux et fontaines …, publiés quelques années plus tard (1580) à Paris. La matière de cet ouvrage, qui est la somme des observations recueillies lors de ses voyages dans le domaine de la paléontologie, de l’hydrologie, de la géologie, de la physiologie végétale, sera testée, avant d’être imprimée, auprès d’un auditoire scientifique venu l’écouter à l’occasion de trois conférences publiques et contradictoires, qu’il organisa à Paris (1575). Cet autodidacte qui affirme ne connaître ni le grec ni le latin et qui se veut un esprit libre capable de contester le savoir des Anciens sur lequel reposent les sciences de son temps continuera, dès son retour à Paris (1576), d’exposer des théories parfois hardies sur les fossiles ou l’alimentation des sources par les pluies. Mais il connaît à nouveau les persécutions dues à sa qualité d’« hérétique » : emprisonné de décembre 1586 à janvier 1587, il est repris par la Ligue (1588) et condamné à être pendu et brûlé. Cette peine commuée, il mourra deux ans plus tard de « faim, nécessité et mauvais traitement » à la Bastille. Ainsi disparut l’inventeur des rustiques figulines de la reine que le bibliographe Lacroix du Maine qualifiait en 1584 de « philosophe naturel et homme d’un esprit merveilleusement prompt et aigu » qui « faisait des leçons de sa science et profession ».

Plus que son œuvre littéraire et théorique, c’est sans conteste sa création artisanale que la postérité a choisi de retenir. Il l’appliqua au domaine de la décoration architecturale (grottes, fontaines, poêles) et à celui d’une vaisselle de luxe caractérisée par trois types de décor : naturaliste (les « rustiques » et les « jaspés »), mais aussi figuré et ornemental (entrelacs, cuirs, grotesques). Sa production, contemporaine de celles du Poitou (Saint-Porchaire), de la Saintonge, du Beauvaisis (Savignies, par exemple) ou de Normandie (Le Pré-d’Auge, Manerbe), inspira celle d’Avon (fin XVIe-début XVIIe s.). Elle connut un prodigieux regain d’intérêt au XIXe siècle à travers ses imitateurs (Charles Avisseau à Tours, Georges Pull à Paris…) et par l’intérêt des grands collectionneurs (Andrew Fountaine, Anthony de Rothschild, Charles Sauvageot…) qui s’était éveillé dès le XVIIIe siècle. Œuvres non signées et imitations innombrables sont à l’origine d’attributions abusives dues surtout au XIXe siècle, que la critique moderne, plus prudente, remet en cause. Tous les objets appartenant à l’atelier parisien de Palissy ont été déposés au Musée national de la Renaissance, au château d’Écouen, afin qu’un inventaire en soit établi avant leur présentation au public dans une des salles du musée.

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